Compagnie Cap Sur Scène

Compagnie Cap Sur Scène

Sissy devant son tableau "Voici mes mains"



SISSY VANÈRE



       Il y a des objets d’art : on les achète, on les collectionne, on les possède. On peut les aimer, mais ce sont tout de même des choses, solides, lourdes, anguleuses, hostiles et bientôt mortes. Sissy et ses œuvres, ça n’est pas tout à fait pareil. Elles sont plus aériennes, plus évanescentes, et pourtant bien vivantes. On les rencontre, on leur parle, à l’une, aux autres. Ne pourrait-on les nommer, dans un seul et même élan de tendresse et de sympathie, plutôt qu’objets objectant, objets obstruant, des « sujets d’art », sujets suggérant, sujets suppliant, sujets surgissant ?

       Sissy, c’est un visage. De grands yeux, et puis trois fois rien : une sorte de lutin poétique et charmant. Si gracieux, mais rien de plus, rien de trop. Ses peintures, de la même manière, sont des personnes. Elles ont des visages surgis de rien, ou plutôt de couleurs mélangées, de formes enchevêtrées, de textures cisaillées. Et soudain, parmi la beauté colorée et luxuriante d’un univers fantasmagorique, voici la grâce bien réelle d’un visage, qui suffit.

       Pendant quatre ans, Sissy n’a plus touché un pinceau. Temps de réflexion, d’approfondissement, pendant lequel elle a creusé, à la fois en elle et en apprenant la gravure, où elle réussit d’ailleurs à merveille. Et puis, en cette année de la Miséricorde, répondant, avec d’autres artistes, à l’appel du curé de l’église Saint-Jean-Baptiste de Belleville, elle s’est mise « au service de la miséricorde » en peignant, dans l’intervalle de deux mois seulement, une vingtaine de toiles splendides d’un mètre sur un mètre, qui ont été exposées au mois de mai dans la Sacristie des mariages de l’église, 139 rue de Belleville, Paris XIXème. C'est devant l'une d'entre elles, "Voici mes mains", que se trouve Sissy sur la photo ci-dessous. Elle a aussi gentiment accepté de m'en laisser utiliser une autre, "Heureux les pauvres en esprit", pour l’affiche du CONTE D’HIVER.

       Pendant toute la saison 2016-2017, c’est le Théâtre de la Mare au diable, où nous allons jouer le CONTE D’HIVER, qui lui ouvre ses portes et lui tend les bras – ou plutôt lui offre ses murs, où elle vient d’accrocher une quinzaine de ses œuvres. Pour le moment, les murs côté « Jardin » accueillent des tableaux à dominante jaune, qui ressortent merveilleusement sur le fond noir. Certains sont totalement abstraits, d’autres laissent apparaître de délicieuses femmes-papillons. Côté « Cour », après un magnifique toréador, on trouve une série de clowns, se terminant par celui de l’affiche. Au fond de la salle, quelques gravures vont bientôt être ajoutées. Par ailleurs, l’exposition sera évolutive, et lorsque approchera la date des représentations du CONTE D’HIVER, c’est dans la pièce même de Shakespeare que Sissy trouvera son inspiration. Suspense ! Cela promet d’être très, très joli !

Véronique Maas, le 15 septembre 2016