Compagnie Cap Sur Scène

Compagnie Cap Sur Scène



Claire Nicolas, comédienne dans la Compagnie Cap sur Scène,
secrétaire de l’Association,
conseillère musicale,
parle du CONTE D'HIVER de Shakespeare.


      Pour moi Shakespeare est une histoire d'amour très ancienne, sans cesse reprise et enrichie, et qui n'en finit pas de se déployer.
     Elle commence à seize ans, l'âge des jeunes acteurs de la troupe, lorsque j'allais, un mois, seule à Londres, en dormant chez les uns ou les autres, assister aux stages de la Royal Shakespeare Company. Les comédies mises sous la dent des jeunes comédiens friands s'appelaient : Twelfth Night, The Tempest, A Midsummer Night's Dream, ce n'étaient pas les grandes tragédies, filmées par la BBC, que j'aimais tant visionner à la télévision, c'était tout un univers de situations renversées, de rencontres improbables, de jeux avec ces conventions et ces règles qui permettent d'un côté à l'art de donner toute sa dimension, de se déployer, en tension entre contrainte et liberté... et en même temps peuvent finir par l'étouffer si on n'y prend pas garde.
     Mais lorsqu'on choisit de monter un projet, une pièce, c'est comme lorsqu'on en écrit une, il est bon qu'il y ait des limites : on ne peut pas se poser trop de questions :-). Il est bon, oui, il est bon, que certaines règles - pour nous il s’agira surtout des contraintes matérielles - s'appliquent et brident le champ (j'allais dire 'le chant') des possibles : l'art, la liberté de l'art, s'exprime dans cette tension, s'en nourrit.
     Pour nous il y a d'un côté les dimensions d'un petit théâtre, et en même temps le formidable fonds de costumes authentiques et bariolés qui est mis à notre disposition par la Mare Au Diable : d'un côté la quasi-impossibilité matérielle de mettre en place des décors de type 'réaliste' (pas de coulisses pour les changements), et de l'autre côté cette porte ouverte sur des mondes, des univers théâtraux lointains et fabuleux que sont les costumes... tout cela nous invitait à partir dans des registres décalés, imaginaires, oniriques, vers le Conte.
     Pour nous il y a d'un côté notre statut amateur, et en même temps la formidable diversité de profils au sein de la troupe que cela permet, chacun arrivant avec son 'background', ce qu'il est, en tension avec son désir d'être quelqu'un d'autre, ce comédien qu'il n'est pas. Oui, cette tension-là aussi est source de richesse.
     Enfin dans notre troupe on trouve une très grande diversité d'âges, et d'origines. Or les contraires, et leur inversion, leur retournement, sont au cœur de la poétique du Conte d’hiver : l’amour s’y renverse en haine, la chair en pierre (et vice-versa), la noblesse en ignominie, l’humble bergère en demoiselle de sang royal, l'enfant a la sagesse d'un vieillard et l'adulte, le roi, s'enferme dans le déni de la réalité comme parfois un enfant en colère. J'ai pensé qu'on pouvait aller plus loin encore dans cette confrontation entre les âges et les cultures en donnant à Rodrigue le rôle de Polixène : ainsi il y a une référence, un clin d'œil à Othello, mais en même temps un renversement, puisque notre 'Othello' à nous, ce n'est pas le mari jaloux, c’est l'ami, injustement accusé. La scène de la rencontre entre Florizel, fils de Polixène et Prince de Bohème, et Perdita, fille de Léontès et d’Hermione, est également un renversement par rapport à certains schémas de pensée : ici la 'réfugiée' est blanche, et le jeune prince qui choisit de l'aimer et de l'épouser, malgré son statut et sa précarité, est noir.
     Le théâtre doit avoir ce rôle de donner à voir des situations, mises en scène de manière infiniment humaine, spontanée, vivante, vraie, et en même temps bouleversantes au sens propre du terme, car en décalage par rapport aux clichés dont une certaine télévision et un certain cinéma nous abreuvent. Il a ce rôle de faire revivre, de donner chair et sang à des êtres issus d'autres époques, d'autres cultures, d'autres 'schémas', pour nous révéler encore un peu plus sur l'homme et faire miroiter les infinies facettes de cet animal étonnant.
     La pièce commence 'en Sicile', mais ce pourrait être chez nous. Dans cet hiver où le froid des codes et des étiquettes semble geler toute possibilité pour une amitié sincère de fleurir sans être grossièrement caricaturée, violée, en 'adultère', toute possibilité pour une enfance féconde et sincère de s'épanouir sans tomber sous le couperet de la mort.
     Et au milieu exact de la pièce, toute l’intrigue pivote autour de l’instant où le Temps 'en personne' déclare devant nous qu’il fait pivoter son sablier. C'est le moment où nous voulons utiliser le plateau tournant du Théâtre de la Mare au Diable, formidable machinerie de théâtre, élément de décor totalement non-réaliste, afin de littéralement retourner visiblement le décor, de l'hiver en printemps, de couleurs sombres et froides en couleurs claires et chaudes, d'univers figé en un monde de tranquille et insouciante liberté.
     Car au moment de l'abordage sur l''Île de Bohême', en effet, les codes, avec le printemps, semblent s'inverser, et la Nature que Shakespeare aime tant, reprendre ses droits. La musique des poèmes de Shakespeare mis en musique pour ce projet ne sera plus la même non plus, elle prendra les couleurs des griots d'Afrique de l'Ouest et la kora remplacera le luth baroque. La langue de toutes ces « chansons » qui rythmeront la pièce restera celle d'origine, celle de Shakespeare, afin de ne pas en perdre la poésie, mais y aura-t-il rien de plus beau que d'entendre les syllabes accentuées ou atones de la prosodie shakespearienne répondre au jeu percussif de la kora, donnant à ce Conte une dimension plus universelle encore si possible ?
     Cette même musique, réconciliation des deux mondes, accomplira au dernier acte le dernier petit miracle de la pièce : redonner vie à la statue d'Hermione, la reine bafouée, la femme perdue, pendant seize ans pleurée et regrettée, et enfin retrouvée. «Il n’est point de raison sage dans ce monde qui puisse égaler le plaisir de ce délire » s'écrie alors Léontès : y a-t-il plus belle définition du théâtre ?


 
NOTE D'INTENTION DU METTEUR EN SCÈNE, JEAN-PAUL LOPEZ

Jalousie, quand tu nous envahis et nous dévores, c’est un cancer du cœur ! une lèpre de la raison ! un enfer pour l'âme !
Le Conte d'hiver : l'histoire d'un homme submergé par cette jalousie et qui va détruire, bouleverser impitoyablement famille, amis, proches… Une histoire de bombe en somme, et comme tant d'autres. La guerre encore et toujours ! Une toute petite, certes, intime, secrète, mais qui ronge inéluctablement, qui anéantit les autres et soi-même. Une bêtise ! une absurdité !
Shakespeare, c'est toujours un plat délicieux qui nous est servi, aux saveurs infiniment subtiles, et ce plat nous permet de goûter au profondément humain, ou à l’inhumain. C’est bon ! Alors, il convient, non pas d’agir en conquérant avec son œuvre, mais de garder l'humilité de quelqu'un qui a tout à apprendre d’elle.
Shakespeare nous prend par la main, il suffit d’accepter de se laisser faire et il se chargera de nous initier, lui-même, aux arcanes de nous-mêmes. Il y a tant, mais tant ! Hé Shakes ! mon disque dur surchauffe, mes Ram sont à bout de souffle !
Tranquille ! cette histoire, c'est d'abord, simplement, un cœur maltraité, alors laissons le nôtre épouser ses battements, nous nous y connaissons en maltraitance, non ?
Et puis le bourreau devient repentant, de petites mains renversent la vapeur, tout un microcosme se met à œuvrer pour que l'histoire, ô stupeur, se termine heureusement ! Oui ! enfin un accord d'harmonie après les hostilités, qui lève la main pour dire : Je reconnais ! je confesse !
Grand merci Shakes, nous allons, avec toi, accorder nos instruments !


                           
     

   


    


      











 


LES SPECTATEURS PARLENT DU CONTE D'HIVER



Nous avons beaucoup aimé la pièce remarquablement montée et jouée.
Cécile R., Gif-sur-Yvette

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Belle créativité dans la mise en scène : distribution des rôles, occupation optimisée de l'espace de la scène, pourtant très étroit, jeu alerte des acteurs.
Jolie performance et bonne surprise que cette troupe d'amateurs !
Donc une belle soirée et envie de revenir…
Michèle B., Igny
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La pièce de Shakespeare a été magnifiquement bien jouée. C'est d'autant plus remarquable que la troupe est formée uniquement d'amateurs :
pas un seul raté, un vrai travail de professionnels. Le tout dans des costumes superbes, portés le plus naturellement du monde.
J'ai passé un moment fascinant. Bravo.
François V., Paris

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Merci de nous avoir conté sur scène ce Conte d’'hiver de Shakespeare, qui commence bien mal, avec la mise en scène d'’une terrible jalousie, fille du
soupçon, et qui mène tout droit à la folie meurtrière et à l’autodestruction du malheureux roi de Bohême.
Heureusement, Shakespeare a plus d'un tour dans son sac pour nous sortir de cette tragédie et faire triompher la vérité :
un oracle venu tout droit de Delphes, une belle histoire d'amour et voilà le spectateur ravi…
La mise en scène cherche à servir le texte (quelle joie !) les acteurs sont excellents, les costumes féeriques, les décors simplifiés à l'extrême, le tout
dans une ambiance intime et sympathique : on passe une soirée enchantée !
Isabelle R., Lisieux

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J'ai beaucoup apprécié l'histoire qui a suscité et nourri des discussions par la suite sur la vie, sur l'univers de situations renversées, sur la société et sur les
personnages qui représentent, chacun, un caractère humain. J'ai également apprécié les aspects spectaculaires : les costumes qui permettent d’imaginer
l’époque, les différents rôles joués des différents intervenants (metteur en scène, acteurs…), le jeu des acteurs qui font vivre les personnages, ce qui m'a
permis de mieux comprendre les scènes grâce aux gestes, intonations, répliques... Et pour la scène finale de La Reine Morte qui ressuscite à la fois sur
scène et sur un tableau [de Sissy Vanère], cela transmet toute l'émotion de la pièce puisque c'est le dénouement final.
Les deux parties ont donné l'impression d'assister à deux pièces différentes. Merci pour le plaisir pris lors de la représentation, merci pour cette soirée
conviviale, riche d'émotions. Merci pour cette mise en scène sublime qui permet de comprendre le texte réduit du conte, merci pour cette adaptation
inattendue qui donne à la pièce une nouvelle dimension, de nouvelles perspectives : la pièce devient plus vraie que le réel.
Vicky B., La Défense
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En ce qui concerne la représentation à laquelle j’ai assisté c’est celle du samedi soir, le 21 janvier. Je crois que la date est importante car s’agissant
de la dernière de la saison les acteurs avaient donc une plus grande maîtrise de leur texte, de leur rôle. Et cela a été flagrant, j’ai passé une excellente
soirée, captivé par cette histoire.
J’ai aimé le rythme de l’action, l’enchaînement des situations. J’ai apprécié les costumes, très jolis, très riches, les décors également ainsi que la mise
en scène, le voyage en bateaux était une bonne trouvaille. Les acteurs m’ont semblé très à l’aise, déclamant leur texte de façon fluide, aisée, rendant
les propos naturels.
Je m’aperçois que je suis très positif et que cela ne fait pas avancer les choses, n’aide pas à trouver des améliorations ! Tant pis, vous aurez sûrement
des critiques plus constructives provenant de spectateurs plus avertis que moi.
Michel C.,
Montesson
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Un très bon moment passé avec Shakespeare interprété par une troupe pleine d'énergie ! Bravo pour la mise en scène et aux acteurs...
Anne P., Paris
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Un très joli conte plein d'enthousiasme, de gaieté, de personnages nombreux et variés qui surgissent de plusieurs endroits de la scène et de la salle
et nous le font pleinement vivre, nous les spectateurs. Nous avons beaucoup aimé aussi les chansons celtiques, les vitraux aux couleurs vives. C'est
un plaisir de voir une troupe d'acteurs dégageant un plaisir de jouer ensemble. Encore bravo à tous !

Anne D., Paris
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J'ai passé une soirée très agréable en tant que spectatrice de cette pièce de Shakespeare que je ne connaissais pas. C'était donc une belle découverte littéraire !
Je voudrais souligner que j'ai trouvé le travail d'adaptation tout à fait impressionnant car restituer toute la trame, toute la dramaturgie d'une telle pièce est
remarquable et mérite toute mon admiration.
Sur le plan du jeu des acteurs, j'ai eu la chance d'assister à la dernière donc le rythme était enlevé, les tirades fluides, naturelles, très agréable à voir et à entendre.
J'ai beaucoup aimé les chansons, chantées par une très belle voix, les costumes étaient magnifiques et les décors beaux, simples et restituant bien l'époque !
Je n'ai même pas remarqué qu'un des vitraux était à l'envers dans les dernières scènes !!
Je n'ai donc que des éloges à vous faire :)
Comme suggestion pour de futurs projets, je trouve que le choix de pièce est très judicieux car il permet de découvrir des pièces moins connues (voire méconnues)
d'auteurs très connus, et cela donne aux gens l'opportunité de découvrir un registre différent de tel ou tel auteur. Pour ma part, j'imagine que je n'aurais jamais vu
cette œuvre si je n'avais eu l'occasion de la voir jouer par votre troupe ! Donc je trouve cette démarche intéressante, cela rend accessible des volets de littérature
que nous n'irions pas forcément chercher par nous-même !
Voilà quelques réflexions autour de ce Conte d'Hiver ! Encore bravo à tous !

Dominique C., Montesson
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Très bon moment passé avec cette jolie troupe. On est plongé dans cette histoire qui nous tient en haleine du début à la fin.
Camille de P., Montreuil
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Une pièce haute en couleur, des acteurs convaincants et un texte de grande qualité. L'adaptation, réussie, rend limpide une pièce riche et complexe.
Benoît M., Montreuil
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J’ai enfin regardé la captation du Conte d’hiver, dans cette mise en scène somptueuse, avec tous ces jeux de lumière et la beauté des chants, comme des
costumes et des personnages. Un régal, beaucoup de fous rires et d’émotions.
Quelle différence entre lire une pièce, seule devant son livre, et la regarder jouer ! Elle est plus grande encore que celle qu’il y a entre lire une recette de
cuisine et la réaliser, ou, j’imagine, lire une partition et la jouer; voire lire un poème et le « réciter ». Il faut en pénétrer l’âme et oser lui donner un corps.
À la lecture (et je l’ai lue deux fois) je n’avais pas autant perçu tout ce jeu de miroirs, reflétant-reflété, comédie dans la comédie, si habile, plus encore peut-
être que dans l’Illusion comique de notre Corneille, car plus subtile. Et je crois bien ironique.
Quel travail ! Je comprends mieux les tensions qui ont gangréné la troupe, tant l’effort est fabuleux et l’exigence grande ! Cette exigence mène forcément à
la guerre des egos. C’est dur de s’effacer quand on travaille tant et de n’accepter de n’être que membre d’une troupe, serviteur d’un texte, d’une pièce. Molière
a dû rencontrer ces problèmes !
Je pense que tous les comédiens n’ont pas compris que tu étais, simplement, le premier « serviteur » du Conte, plusieurs fois qualifiée par tes compétences de
lectrice (ô ma bonne agrégée des lettres !), de professeur expérimenté, et d’amoureuse du théâtre. Peut-être y a-t-il forcément quelque chose de narcissique
dans le désir d’être acteur (les Grecs réservaient cela aux esclaves, l’ Église ne leur donnait pas de sépulture chrétienne...) et qu’en réalité cette fonction exige
une grande humilité.
Je comprends aussi ton amour du théâtre, tu joues superbement Paulina, que ce soit en silence (en arrière-fond), ou en parole. La grande amie généreuse, futée,
un peu féministe. Je suis admirative devant tant de talent et d’énergie . Tu es présente !
J’ai bien sûr aussi beaucoup aimé Rodrigue, et sa « distance » décontractée. Et tous les autres.
Bravo et longue vie à Cap sur Scène !
Catherine C., Nancy
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